……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………
A la recherche d’une plate-forme de liaison / Vers une unite ideale dans un espace intermediaire
Juraj Kollar (1981) compte parmi les jeunes peintres marquants de la scene slovaque et tcheque. Dans sa creation, il oscille entre deux polarites – une approche par les sens ou une approche par la raison de la surface a peindre. Alors que le peintre est entre dans le domaine de la peinture de maniere plutot intuitive, peu a peu chez lui se renforce la conviction qu’il est necessaire avant tout de maitriser les moyens d’expression et de s’ouvrir par leur intermediaire un chemin vers le secret que renferme le concept de ≪ representation ≫.
Les premiers tableaux de Juraj Kollar, pleins d’un engouement pour l’etude, temoignent du desir du peintre d’atteindre une forme parfaite. L’illusion picturale y est un moyen magique permettant de deposer l’empreinte du theme represente, principalement sous forme de portraits et de natures mortes. Alors qu’une habilete artisanale approfondit la precision des details du dessin, une collision se fait jour sur un autre plan : comment faire se rejoindre en un chef d’oeuvre l’illusoire description de l’objet ou de la figure choisis avec ce qui les entoure ? Comment faire se rejoindre la figure et son cadre ? Comment creer un ensemble parfait et non seulement un fragment parfait ? Ce sont les differentes phases de cette ≪ entree dans l’illusion ≫, dans les portraits de Kollar, qui nous montrent ce chemin menant vers un entrelacement de l’objet et de l’arriere-plan. Pour cette periode, il y a un tableau cle nomme Petit garcon (2001). Dans ce tableau, le peintre part de l’arriere-plan pour aller vers le premier plan. De la surface de l’arriere-plan jaillissent des silhouettes qui s’en detachent aussitot. Le peintre s’est essaye ici a deux procedes de representation differents: un modelage de la figure dans la couleur meme de l’arriere-plan, et un modelage dans un ton faisant contraste avec la couleur locale. Le premier procede tend vers une libre stylisation, le second vers une description realiste. Dans la phase suivante, Kollar quitte la figure et les details du dessin qui lui appartiennent. Il se voue tout entier a l’etude de son propre ≪ cadre ≫ d’image. Il constate un statu quo – une amorphie de l’espace, qu’il n’est pas possible de reconstruire avec precision en peinture. Le peintre tente alors une definition purement plastique de ce qu’on pourrait appeler espace. Les paysages ont toujours ete un materiau d’etude parfait pour sa comprehension et pour la deconstruction picturale. Kollar cree des etudes impressives et se lance dans l’etude des lois regissant les rapports entre la lumiere et l’intensite des couleurs dans la composition des paysages et dans la coupe de detail. Pour le modelage du paysage, il part de sa division fondamentale – les horizons – vers lesquels l’observateur s’oriente. Il soumet le rapport entre l’horizon et l’illusion de l’espace a une analyse optique dans une coloration transparente et dans un modelage de pates colorees. Il s’interesse aux positions apaisees de la composition horizontale du paysage comme aux surfaces expressives et dynamiques pleines d’une vegetation bouillonnante de vitalite. Il exprime la relation entre le repos et le non-repos par des moyens visuels et c’est par cette abstraction qu’il trouve l’atmosphere du theme represente. Kollar arrive a une expression abstraite en partant d’une sensation visuelle intensive.
En rapport avec les analyses impressives de cadres de paysages concrets, Kollar decouvre ses propres taches abstraites, taches qui liberent des plans d’image au regard humain. Le dessin est cree par des surfaces qui se touchent, par une couleur qui coule ou par un quadrillage. Le detail du dessin n’est pas mis en relief pour lui-meme, il est au contraire cree par le jeu de plus grands ensembles. Ce qui est determinant, c’est la difference d’intensite entre les surfaces colorees et les surfaces neutres, ainsi que leur taille, leur forme, ou bien la densite de la couleur posee (sa transparence, sa materialisation, ou la matiere coloree). Une surface blanche sert ici de plate forme de liaison provisoire sur laquelle se joue la calme rencontre de taches ou la course inquiete de traits mouvementes. Dans une libre recherche de l’expression, Kollar elargit le repertoire des moyens de modelage. Il fait entrer dans le contexte du tableau des ficelles, des bouts de toile, des fils metalliques. C’est par cet assemblage d’elements qu’il recommence a eterniser les paysages abstraits et a les rendre au monde d’objets apparaissant materiellement.
L’une de ses series dominantes est celle de ses ≪ Constructions ≫. Kollar travaille ici sur et avec le motif de conception d’une echappee de vue. Il choisit un plan regulier a angle droit comme element de depart rationnel, grace auquel il delimite et partage le cadre de l’image. Il cree comme un ecran ayant pour role de filtrer ≪ quelque chose du paysage ≫. Ce ≪ quelque chose est percu par l’oeil humain et selectionne comme une composition picturale. Pour ce faire, chaque carreau du filet a angle droit fonctionne en meme temps comme une fenetre autonome vers une image. C’est ainsi que nait une structure et avec elle toute une variabilite. L’ordre des compositions forme un tout et ce tout est l’image quadrillee. Dans le tableau de l’Usine (2006) par exemple, ont ete utilisees toute une diversite d’intensite et une variete de permeabilites des differents carreaux de la grande fenetre partagee. Le metier permet de faire se succeder differentes strategies de modelage et de peinture et surtout de placer immediatement l’une a cote de l’autre des parties representatives et abstraites. La tension entre la representation et l’abstraction est donnee en fait par le filtre de l’experience visuelle, dans laquelle les ecrans et les axes situes en face de l’observateur jouent un role important. Il y a une difference entre un enregistrement immediat et une exposition longue. Dans le tableau des Fleurs (2007), l’echappee de vue se realise au travers d’une vitre en relief. Nous sommes a l’interieur et regardons au dehors, mais pas completement, seulement ≪ dans la mesure des possibilites ≫. Dans ce sens, les echappees de vue de Kollar au travers de briques de verre sont extremement significatives. Cette ≪ vue dans la mesure des possibilites ≫ est la plate-forme symbolique decouverte par le peintre qu’il est possible de refleter de maniere theorique. L’image est decomposee en quadrillages structuraux, en parties permettant la vue et en parties servant de cadres. Leur densite influence la lecture du motif represente. Elle mene a la clarification des principes de la vision, de la sensation et de la prise de conscience des impulsions visuelles par la conscience humaine.
Nous trouvons apres une derniere serie d’oeuvres dans lesquelles le peintre revient a l’image comme a une fenetre autonome et originale. Il revient a une seule vue et a ses possibilites nouvellement acquises et verifiees. Kollar, par le chemin effectue, a acquis une plus grande sensibilite aux nuances de lumiere et de couleurs. Il voit avec plus de precision. Il s’interesse a la diversite et a la variete des situations lumineuses, dont le nombre reel depend en fait des possibilites de projection analogique de l’infini. Dans ces enregistrements d’images, on peut lire par exemple une connotation musicale en rapport avec une auto-realisation libre de l’esprit humain. C’est quelque part par-la que se trouve la passerelle reliant la representation et l’abstraction, le motif et l’ampleur du message, la figure et le lieu. Si nous focalisons la realite du phenomene dans le detail, nous constatons que dans ce regard concentre elle nous echappe de nouveau vers l’abstraction. La conscience humaine synthetise les experiences et s’identifie avec ce qu’elle voit quelque part sur le chemin entre ces deux polarites. Dans un espace intermediaire d’unite ideale.
Petr Vanous, Prague – Kosire, le 24 février 2009